Il est, je pense, bien connu que beaucoup de gens rétablis de la tuberculose n’ont plus qu’un demi-poumon ; cependant, ils sont en «bonne santé» et n’éprouvent aucun dérangement, à condition d’éviter tout excès violent.
Un cœur normal est capable de fournir environ treize fois plus de travail que les activités ordinaires de la vie n’en imposent. Le foie est beaucoup plus grand que nécessaire pour son activité habituelle. Nous avons deux reins ; nombre de gens vivent avec un seul. Grâce à ses capacités de réserve, le système digestif humain peut digérer beaucoup plus de nourriture qu’il n’en faut et qu’il n’en peut être utilisé par les tissus du corps en temps normal. L’augmentation rapide du poids après un jeûne est possible à cause de cette capacité digestive de réserve. Il en est de même dans le cas du jeune homme qui, s’entraînant aux poids lourds, voit ses muscles augmenter avec la même rapidité.

Même lorqu’un organe est endommagé ou en partie perdu, sa capacité de fonctionnement demeure suffisante pour subvenir aux besoins ordinaires de la vie, s’il est maintenu en état de santé et que son possesseur veuille bien apprendre à vivre d’une façon limitée. Avec une partie des îlots de Langerhans enlevés du pancréas, dans les cas de diabètes, le reste des tissus produisant l’insuline peuvent posséder suffisamment de capacité de fonctionnement pour suffire aux besoins du corps en temps ordinaire, à condition que ces tissus soient restaurés et les limitations des conditions de vie respectées.

Combien peu réalisons-nous à quel point nous épuisons nos réserves par notre manière habituelle de vivre. Certains d’entre nous sont très fiers de pouvoir, apparemment sans danger, manger des copieux repas. Nous nous vantons même de notre gloutonnerie et que «cela ne peut pas me faire de mal» .
Poussés par l’ambition de faire de l’argent ou par une aspiration dominatrice d’achever quelque chose qui en vaille la peine, beaucoup de gens se surmènent corps et âme sans merci.
Le dévouement à une cause, le sens des responsabilités ou la pure nécessité peuvent aussi conduire au bord du désastre. D’autres sont fiers de pouvoir «tenir bon avec très peu de sommeil». Maintes autres façons de surmener nos capacités de réserve pourraient être mentionnées, mais cela ne semble pas nécessaire.
Il est déplorable que nous ne nous rendions compte du manque d’eau que lorsque le puits est vide. Vraisemblablement nous ne nous apercevons pas du gaspillage de nos capacités, spécialement pendant la jeunesse. Nous devrions savoir que tout excès tout surmenage, tout stimulant et excitation émotionnelle abusent de nos capacités de réserve et réduisent notre pouvoir fonctionnel. C’est seulement en conservant nos capacité que nous pouvons espérer les maintenir en parfaite possibilité de fonctionnement.

Tel homme est porté à se vanter des quantités de nourriture qu’il peut prendre sans danger, mais qu’il observe la quantité et la fréquence de ses selles et bientôt il découvrira qu’il ne digère pas, et n’assimile pas les grandes quantités d’aliment qu’il absorbe. Il les transporte simplement le long de son appareil digestif et les transforme en engrais. L’odeur de ses selles n’indique pas seulement le degrés de décomposition de ses aliments, cela indique aussi à quel point il abuse de la capacité des sécrétions qui le protègent des activités bactériennes. Non seulement il gaspille son précieux pouvoir fonctionnel, mais il s'empoisonne lui-même.

Souvent, malgré ou à cause de cet excès de nourriture, il est et demeure au-dessous du poids normal. En effet, très souvent, chez de tels individus, le premier gain en poids n’apparait que lorsque la quantité de nourriture absorbée a été énergiquement diminuée. Ceci révèle que trop manger n’est pas le passe-temps sans danger qu’ils semblent croire.
Il y en a d’autres qui se glorifient de la quantité peu commune de froid à laquelle ils peuvent résister. Ils marchent pieds nus dans la neige, adhèrent à des clubs « d’ours polaire » et plongent dans l’océan, rivière ou lac chaque jour durant l’hiver. Ils ne semblent pas réaliser que cet abus imposé à l’organisme nécessite une grande dépense d’énergie pour lutter contre le froid.
Le corps ne doit certainement pas être dorloté, mais il doit pas non plus être exposé à des traitements héroïques de ce genre.
Il y a ceux qui se vantent de leur capacité sexuelle. Ils n’ont aucune idée de l’énorme gaspillage de forces qu’ils provoquent de cette façon. Ils devraient réaliser que les fonctions sexuelles ne sont pas un jeu pour combler les heures de loisirs, que chaque gaspillage de l’énergie vitale doit se payer par une dégradation des capacités. Si nous ne reconnaissons pas de limite aux abus de toute sorte, si ce n’est l’épuisement physique, il arrivera certainement un moment où ce stade sera atteint.

Des organes qui ont été fouettés jusqu’à l’impuissance par trop de travail, stimulants, émotions, etc., peuvent être rendus à un pouvoir de fonctionnement complet à condition que l’énervation ne soit pas trop profonde ou la modification organique tellement importante que la récupération ne soit plus possible. Dans l’ensemble, trop de gens épuisent les sources de la vie avant d’imposer un arrêt à leurs dépenses excessives et d’assurer le repos nécessaire. Il est coutume d’avoir recours à un stimulant lorsque la fatigue demande une pause, de prendre une pilule lorsque l’insomnie nous rappelle qu’il est temps de dormir, d’avaler un calmant lorsque douleur et malaise réclament un arrêt.
Ce sont de faux remplaçants du repos.
Tout ce qui est appelé maladie repose sur une base d’altération du système. Pour accomplir un rétablissement complet et permanent de la santé, les causes de la détériorations doivent être découvertes et supprimées. Le corps va de l’avant ou recule tout d’une pièce, et non organe par organe. Nos occupations, habitudes de vie, la prise de drogues (alcool, fumée, thé, chocolat, café, médicaments chimiques ou naturels…), etc.. violent un organe ou un système organique plus qu’un autre, de sorte que l’un d’eux peut être plus détérioré que les autres, mais il est impossible d’épuiser les réserves d’un organe ou d’un système organique sans impliquer l’organisme tout entier dans les conséquences. Donc, un organe ou système organique ne peut retrouver la santé indépendamment de tout l’ensemble des organes et systèmes organiques. Par exemple , il est impossible de faire travailler ou de reposer le cœur sans faire travailler ou reposer tout l’organisme. Le système digestif ne peu pas être épuisé, pas plus qu’il ne peut être mise en repos indépendamment du reste du corps. Tout soin, pour être authentique, doit être global.

La méthode traditionnelle consistant à traiter les symptômes, même si les procédés employés sont sans danger, repose sur une base fausse. Elle tente de soigner les organes individuellement, ou de les enlever, sans égard pour le corps. Le traitement masque les douleurs, réprime la toux, enlève les amygdales ou supprime d’autres symptômes, mais il ignore les états et les besoins constitutionnels et ne prête aucune attention aux causes de la détérioration de l’ensemble du système. Pour être valables, les soins doivent être constitutionnels.

Traduit de Dr Shelton’s Hygienic Review de janvier 1966,
par Deanna Petticrow

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